De Longueuil à Berlin (1979)


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De Longueuil à Berlin


Le beau party

c’est vraiment un beau party
la seule personne qui manque c’est moi
à regarder vos faces
j’me dis que j’ai rien manqué

oh vraiment, c’t’un beau party

c’est sûrement une belle soirée
vous avez l’air de vous amuser
on s’était pas vu depuis tellement longtemps
j’comprends pourquoi maintenant

bon anniversaire, mettez d’la glace dans vos verres
chantez-moi ma p’tite chanson
qu’on en finisse, que j’criss mon camp à la maison

c’est pourtant un beau moment
pour se rappeler nos seize ans
mais le premier sacrement qui me sort
un souvenir de collège
j’y mets ma main quequ’ part
j’suis pas violent, mais plus on devient vieux
et plus c’est dur de faire semblant

c’est quand même un beau party
les p’tites filles sont de toute beauté
les p’tits gars sont tellement chanceux
regardez-les faire leurs p’tits messieurs

oh vraiment, c’t’un beau party
restez assis, c’est pas la peine
et à l’année prochaine


Le train

j’ai pris le train pour aller voir le mariage de mon ami
j’étais tout seul dans un wagon avec un livre et des biscuits
j’avais mis mon plus beau veston
celui que j’mets tous les jours
et je revoyais mes amours en voyant passer les maisons

un africain est venu me voir pour me faire la conversation
pour me parler de ses deux femmes, et d’une troisième à l’horizon
on avait peut-être les mêmes problèmes
mais pas les mêmes solutions
je lui ai offert un biscuit
en souriant il a dit « non »

je n’sais pas pourquoi, les gens font ces choses-là comme ils les font
et je n’sais pas si quelque part, quelqu’un a tort ou a raison
mais je sais que le train roule et qu’on arrive de toute façon

et puis j’arrive au mariage et j’me sens tellement seul dans mon veston
il y a des oncles et des pucelles et des neveux pour l’occasion
y’a du champagne et d’la dentelle et partout des félicitations
et on me demande si je m’amuse et je réponds que le vin est bon

quand la soirée s’essouffle un peu, je commence à trouver le temps long
mais mes amis ont l’air heureux et c’est ce qui compte de toute façon
mais je sais que ça fait partie d’un jeu, je n’ai pas envie d’être un pion
parlez-moi d’un jeu où tout le monde gagne, je changerai peut-être d’opinion

je n’sais pas pourquoi les gens font ces choses-là comme ils les font
et je n’sais pas si quelque part, quelqu’un a tort ou a raison
mais je sais que le train roule et qu’on arrive de toute façon

dans le train du dimanche matin qui me ramène dans la capitale
je suis le seul à rire tout seul, caché derrière mon journal
et j’imagine une jolie femme et je lui trouve un joli nom
et nous rêvons du portugal en regardant la télévision

et vous me direz que la vie ce n’est pas si simple et vous avez raison
qu’à continuer de vivre un rêve, j’vais me retrouver seul pour de bon mais…
j’vous répondrai que je n’ai pas peur, que le chemin est encore long
je m’arrêterai quand je verrai de la lumière au fond de la station

je n’sais pas pourquoi les gens font ces choses-là comme ils les font
et je n’sais pas si quelque part quelqu’un a tort ou a raison
mais je sais que le train roule
oui je sais que le train roule
je sais que le train roule et qu’on arrive de toute façon


Le retour de Don Quichotte

je t’écris ces quelques lignes
sur du papier quadrillé
ça te rappellera l’école
et les années folles
moi c’est le seul papier que j’ai
ça fait déjà deux semaines
on m’a laissé le droit de sortir
comme j’suis pas tellement fort sur le téléphone
j’ai préféré t’écrire
j’te raconte pas
tout ce qu’on m’a fait
ni tout ce qu’on m’a fait dire
ni tout ce qu’on m’a dit
pour me faire croire
qu’on voulait me guérir

j’t’écris pas pour me plaindre
j’avais juste le goût de parler
c’est encore troublant pour moi
d’être revenu dans le quartier
cinq ans sans recevoir de nouvelles
faut dire que j’en ai pas donné
y’a des mélodrames
qu’on est aussi bien
de ne jamais publier
le soleil me fait tout drôle
les rues sont belles
ça sent le printemps
on pourrait peut-être
se voir un peu
peut-être que t’as pas le temps

tu peux dire à tout le monde
que don quichotte est revenu
avec son cheval de porcelaine
et une armure qui ne tient plus
les romances impossibles
qui traînent le soir au coin des rues
comme les moulins et les géants
ne lui font pas plus peur qu’avant
quand on passe le temps
que j’ai passé

à vivre en attendant
entre les quatre murs
et le lit trop dur
offerts par le gouvernement
on écrit aux larmes
sur les draps blancs
d’incroyables comédies
pour tous les acteurs drôles
qui apprennent leurs rôles
dans les coulisses de l’ennui
pour tous les fous
qui ont peur de l’amour
comme des sirènes dans la nuit
pour toutes les fées des étoiles
toutes les robes de bal
de toutes les reines
de tous les carnavals
pour tous les imbéciles qui chassent la baleine
sur d’immenses bateaux
mais qui ne voient jamais
le poisson d’avril
qui leur pend dans le dos

tu peux dire à tout le monde
que don quichotte est revenu
avec son cheval de porcelaine
et une armure qui ne tient plus
les romances impossibles
qui traînent le soir au coin des rues
comme les moulins et les géants
ne lui font pas plus peur qu’avant

comme tu vois
on peut pas vraiment dire
que quelque chose a changé
mais je reviens debout
c’est déjà beaucoup
et c’est déjà le mois de mai
j’aimerais juste trouver la place
que tout le monde finit
par se trouver
et si t’as le goût de me voir
j’te raconterai
de belles histoires de chevaliers


Le monde a besoin de magie

monsieur, donnez-moi une autre chance
permettez que je r’commence mon numéro
monsieur, la colombe est restée prise
dans un pli de ma chemise
soyez gentil, restez assis

monsieur, avez-vous déjà vu ça ?
un lapin vivant qui sort de mon chapeau
oh je sais que chu peut-être pas le premier
mais donnez-moi ma chance
et vous verrez…

que le monde a besoin de magie et de fous comme moi
qui font n’importe quoi
le monde a besoin de magie
et moi j’ai tellement besoin de lui

monsieur, devinez ce qui est dans ma main
vous le saviez ?
ça fait rien
ça fait rien
pensez à tous ceux qui vont me croire
et paieront pour me voir
et tous les sous qui seront pour vous

monsieur, j’ai une charmante assistante
attendez que j’vous la présente
vous allez voir
monsieur, mon numéro a de la classe
si vous voulez faire la passe
engagez-moi…

car le monde a besoin de magie et de fous comme moi
qui font n’importe quoi
le monde a besoin de magie
et moi j’ai tellement besoin de lui

monsieur, en 60 j’étais barman
dans un bar où vous veniez
presque tout le temps
monsieur, je sais que vous aimez le talent
et que vous avez du cœur
soyez gentil, restez assis

monsieur, juste le temps de vous faire mes preuves
ma baguette est encore neuve, mais vous verrez
bientôt, j’vais sortir des mouchoirs de toutes les couleurs
j’échapperai plus mes accessoires
ça j’vous le promets monsieur
monsieur, j’ajouterai à mon répertoire
le truc que tout le monde aime le mieux
celui d’la femme coupée en deux

car le monde a besoin de magie et de fous comme moi
qui font n’importe quoi
le monde a besoin de magie
et moi j’ai tellement besoin de lui


Les vieux dans les avions

regardez les vieux dans les grands avions
près des hublots
ils essaient de voir la terre et trouvent le temps long
ils n’ont rien à faire dans les grands avions
et s’ennuient un peu
demandent à l’hôtesse de l’air pour combien de temps ils en ont

ils s’endorment au milieu du film
et rêvent que leurs petits-enfants viennent les voir la nuit du jour de l’an
ou s’ils sont plutôt solitaires, ils s’imaginent en train de faire
le tour du monde, aller-retour sur un bateau de l’ancien temps

regardez les vieux dans les grands avions
près des hublots
essayez d’entendre ce qu’ils diront à leur retour
que c’était un peu long, mais qu’on était bien
et qu’il faisait chaud
et ça me rappelle soudain mes premiers voyages en auto

je m’endormais sur la route 11
quand mes parents ne me parlaient plus
et que le soir était doucement descendu
je m’imaginais à la guerre, chevalier noir ou mousquetaire
je la gagnais comme de raison
c’était la paix à la maison


La beauté du diable

cette histoire se passe dans une salle de danse
sur l’avenue du parc, où les mystères commencent
quand les chiens de l’automne hurlent à la lune
et que les chanteurs de pomme cruisent la fortune

imaginez la belle comme un char volé
ou un rêve de cul dans la nuit d’un curé
un corps de femme à faire frémir le ciel
à jouer du saxophone, tout nu dans la ruelle

personne dans le bar, l’a jamais vue
elle est à peine entrée, que tout le monde a les yeux dessus
on oublie de boire, on oublie de s’asseoir
on oublie qu’on voulait rentrer plus tôt ce soir

lui là-bas dans l’coin
tout le monde le connaît
comme le p’tit frère achalant
collant derrière ses verres épais
qui salue à grandes claques le dos tourné des
gars
toujours quelque chose à dire
même si on l’écoute pas

imaginez le platte comme un char loué
pensez à toutes les femmes
qui même sans le regarder
lui disent plutôt non et cherchent au-dessus de sa tête
quelqu’un à l’horizon qu’elles connaîtraient peut-être

personne dans le bar, pour lui faire attention
oublié comme un détail de trop dans un scénario trop long
appuyé au mur, il étire sa bière
et songe à retourner dans les jupes de sa mère…
de sa mère
il y a des messages qu’on découvre trop tard
écrits au rouge à lèvres au milieu d’un miroir
la beauté du diable est cachée dans le manteau de la nuit

la fille du début va tout de suite retrouver
le gars dans son coin, dont j’viens juste de vous parler
elle le prend par la main, le regarde en silence
et lui ouvre un chemin vers la piste de danse

imaginez-les je sais, je sais, je sais c’est difficile
dans le cercle des danseurs soudainement immobiles
elle qui danse même mieux que la musique
lui qui bouge avec la grâce d’un ourson mécanique

tout le monde dans le bar les suit des yeux
quand la musique s’arrête, ils sortent tous les deux
on entend le cri d’une auto qui s’éloigne
et s’enfuit en riant sur le chemin de la…
de la montagne

il y a des messages qu’on découvre trop tard
délavés par la pluie sur l’asphalte noir
la beauté du diable est cachée dans le manteau de la nuit


La chanteuse

un soir de juillet en 1969
j’étais venu tout seul t’entendre chanter
j’avais dix-huit ans, je les portais comme un drapeau
planté sur mon banc, je regardais l’show

à la deuxième chanson j’ai laissé ma place
au balcon, comme un voleur, j’me suis glissé jusqu’en avant
ta robe de velours se balançait au vent des paroles en anglais
que je ne comprenais pas encore tout à fait

mais j’étais assez mûr
pour savoir le nom de la blessure
qui me prenait doucement par le milieu
un mal étrange, un doux mélange qui m’est resté
à chaque fois qu’à la radio j’t’entends chanter
je ne t’ai jamais revue mais j’ai rêvé tout ce que j’ai pu
y’a des amours comme ça qui peuvent durer longtemps

les robes de velours et les pianos me font toujours leur numéro
mais y’a juste toi pour me mettre
un frisson d’elle dans le dos

aujourd’hui je cours et je trébuche d’un amour à l’autre
dans le mensonge du temps qui glisse autour de nous
il y a des corbeaux qui volent au-dessus du désert
moi j’voudrais fermer les yeux et entendre la mer

qu’au moins une fois une voix comme la tienne me raconte tout bas
sur l’oreiller
la douceur de l’orient

mais le monde est triste
le monde est rempli d’avaleurs et de dompteurs
et de lanceurs de couteaux, de marchands de bijoux, qui sonnent faux

les robes de velours et les pianos me font toujours leur numéro
mais y’a juste toi pour me mettre
un frisson d’elle dans le dos


Qu’est-ce qu’on a gagné dans tout ça


Étrange comme l’amour

étrange comme l’amour oublié
sur les briques rouges des maisons grises
par une femme indécise
l’amour éteint et qui se brise
aux lettres qui n’arrivent pas
et qui attend, fier et meurtri
et qui maudit le cœur qui l’a mis au monde

étrange comme l’amour en calvaire
l’amour en hostie, l’amour de travers
l’amour au goût d’orange amère
dans la bouche des tout-petits
l’amour qui se garroche en l’air
pour avoir l’air plus grand
et qui maudit le cœur qui l’a mis au monde

étrange comme l’amour sur un lit défait
dans les draps sales et les vêtements lancés par terre
et les pharmacies de misère et les remèdes pour passer la nuit

étrange comme l’amour se glisse des fois
en dehors des mains qui l’ont délivré du mal
et qui se retrouvent vides
dans les matins de métal et de verre brisé

l’amour insomniaque
l’amour somnambule
en taxi maussade et qui fait le tour des cathédrales
pour voir le soleil imiter le bonheur
et ce n’est qu’un mensonge de plus
pour endormir la musique

étrange comme l’amour devient quelques fois si petit
tellement minable et pas d’allure
tellement trou de cul
tellement niaiseux et ridicule
tellement plein de marde et tellement sale
sur sa chaloupe
que l’autre amour, celui qui sent bon
celui qui pleure à la radio
celui qui court au ralenti, à la télévision
tellement seul que l’autre amour en a pitié
que même lui en a pitié
même lui

dans une ville étrangère
sur un trottoir désert
ou dans un bar ouvert
très tard dans la nuit


La triste histoire de ma virginité

c’était un samedi soir
mes parents étaient couchés
en bas dans le noir avec ma blonde on regardait la tv
la tv était fermée, nous autres on la regardait pareil
ma blonde était gênée quand j’lui ai dit dans l’oreille
- « c’que j’m’en va te faire à soir, je l’ai jamais fait avant »
elle a sauté sur le téléphone pour appeler sa maman
je l’aimais, je l’aimais, je l’aimais tellement
je l’ai tellement aimée que j’peux rire maintenant

une coup’ d’années plus tard c’était l’université
pendant le cours d’histoire j’arrêtais pas d’la regarder
un ami m’avait passé son nouvel appartement
la veille de l’examen, je l’invite gentiment
très gentiment, un vrai gentleman
elle est arrivée en retard, elle s’excuse en souriant
elle a recopié toutes mes notes, elle est repartie en courant
je l’aimais, je l’aimais, je l’aimais tellement
jamais eu mon diplôme, mais je l’aime encore autant

ça c’est la triste histoire de ma virginité
tout ce que j’ai fait pour la perdre, tout ce que ça m’a coûté
un p’tit coup à gauche, un p’tit coup à droite
aujourd’hui j’donnerais c’que j’ai pour la retrouver

j’ai toujours pas compris c’qui s’était passé vraiment
par un soir de juillet, au chalet de ses parents
ils nous avaient laissé la clef en disant « faites pas les fous
on a déjà eu votre âge, on a confiance en vous »
on s’est retrouvés tout seul, j’avais le diable au corps
mais l’honneur de la famille est resté le plus fort
je l’aimais, je l’aimais, je l’aimais comme un fou
traitez-moi d’imbécile, j’suis d’accord avec vous

ça c’est la triste histoire de ma virginité
tout ce que j’ai fait pour la perdre, tout ce que ça m’a coûté
un p’tit coup à gauche, un p’tit coup à droite
aujourd’hui j’donnerais c’que j’ai pour la retrouver

quand c’t’arrivé pour vrai, j’aime autant pas vous le dire
ça s’est passé si vite, j’ai d’la misère à m’en souvenir
j’sais que la fille était gentille, que j’t’ais pas trop nerveux
j’ai juste avalé ma montre quand elle m’a dit « si tu veux »

… elle m’appelait « mon chou »

la morale de cette histoire
perdez pas c’que vous avez
faites plaisir à votre mère, mangez pas trop salé
j’les aimais, j’les aimais, j’les aimais tellement
j’les ai tellement aimées, pis j’les aime encore autant