Le goût de l’eau… et autres chansons naïves (1992)


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Le goût de l’eau

écoute mon amour
écoute comme c’est beau
ce roulement de tambour
qui nous frôle la peau
c’est le son de la pluie
sur le toit de l’auto
oh ! le goût de l’eau

j’ai le goût de l’eau
j’ai le goût de ta bouche
de cet orage tendre
où nos corps se touchent
où nos désirs se répandent
en un ruisseau farouche
oh ! le goût de l’eau

roucoulante, miroitante
en fines gouttelettes
sur le doux de ton ventre
balbutiante, délirante
oh ! le goût de l’eau

le goût de l’eau
c’est la mémoire du ciel
sur le bout de la langue
c’est un peu d’éternel
c’est le chant des bateaux
le vent qui les appelle
oh ! le goût de l’eau

dans la soie des rivières
sous le sel de la mer
en perles vivantes
dans l’écrin de la terre
et sous la nappe dormante
de ce lac en hiver
oh ! le goût de l’eau

dans la transparence de l’aquarelle
quand elle coule sur le dos de l’arc-en-ciel
dans les mots des oiseaux
sur le bleu de leurs ailes
oh ! le goût de l’eau

écoute mon amour
écoute comme c’est beau
ce n’est pas le moteur
ce n’est pas la radio
ce sont des larmes d’ange
sur le toit de l’auto
oh ! le goût de l’eau

j’ai le goût de l’eau
j’ai envie de toi
j’ai envie d’apprendre
ce que je sais déj
de me laisser couler
jusqu’au creux de tes bras
oh ! le goût de l’eau

j’ai le goût de l’eau
que l’orage gronde
qu’une averse de tendresse
inonde le monde
et que flotte notre amour
sur les eaux profondes
oh ! le goût de l’eau


Bille de verre

un bateau de bois
emporte papa
tout au bout d’la terre

il verra la chine
et les îles opalines
où les gens vivent nus

moi,
j’deviendrai un homme
mes notes seront bonnes
il sera fier de moi

il me rapportera
une bille de verre
et un ver à soie

si la nuit m’fait peur
j’lui dirai que mon cœur
est au bout de la terre

où les enfants des rois
ont des sabres qui coupent
et des chevaux vivants

moi,
je ferai le grand
je défendrai maman
contre les voleurs

il me rapportera
une bille de verre
et un ver à soie

plus tard il y aura les caresses des femmes
les secrets qui planent
aux oreilles des grands
les départs à minuit, les tempêtes, les drames
l’océan
et quelqu’un qui attend
une bille de verre
et un ver à soie

un bateau de bois
emporte papa
tout au bout d’la terre

il chassera le fauve
au fond des jungles mauves
où le jour n’entre pas.
je cacherai ma peine.
j’attendrai qu’il revienne.
il sera fier de moi

il me rapportera
une bille de verre
et un ver à soie

il me rapportera
un morceau d’univers
et une bille à moi

il me rapportera
une bille de verre

il me rapportera
une bille de verre
et un ver à soie


La lune d’automne

septembre rouge
aux mille draps blancs
le vent les bouge
moi j’ai huit ans
rue marquette
à la radio de mes parents
j’entends chanter
le fou chantant
« l’âme des poètes »
le gros raymond
m’appelle dehors
« viens jouer dans la cour
j’ai des pétards »
la ruelle s’étire à l’horizon
on va raser les murs
on va sauter les clôtures
jusqu’au japon

et la lune d’automne
brillera pour moi ce soir
et mon cœur de pomme
rougira d’espoir
dans l’nord d’la ville
d’une ville du nord
y a un ti-cul qui cherche encore
le fil de sa mémoire
et la lune d’automne
brillera ce soir

l’odeur d’encens dans les églises
comme au trottoir
des années grises
mes pas perdus
avec au cœur la grafignure
de la plus belle de la plus pure
ma fée des rues
le gros raymond qui lâche l’école
ma ligne de vie qui fait la folle
frontière fragile
entre l’homme et l’amour
j’ai mal à mes seize ans
j’ai tous les âges en même temps
et j’t’attends

et la lune d’automne
brillera pour moi ce soir
et mon cœur de pomme
rougira d’espoir
dans l’nord d’la ville
d’une ville du nord
y a un ti-cul qui cherche encore
le fil de sa mémoire
et la lune d’automne
brillera ce soir

je n’aime pas la nostalgie
c’est une maîtresse inassouvie
aux yeux trop bleus
mais je t’emmène en ville à pied
j’te fais présent de mon passé
si t’en veux
du haut d’la croix du mont royal
je te confie mon idéal
et tous mes romans-fleuves à venir
tous mes enfants joueurs de tours
et mes automnes et mes amours
à finir

et la lune d’automne
brillera pour moi ce soir
et mon cœur de pomme
rougira d’espoir
dans l’nord d’la ville
d’une ville du nord
y a un ti-cul qui cherche encore
le fil de sa mémoire
et la lune d’automne
brillera ce soir


L’oubli

c’était un homme imaginaire
imagineur d’objets trouvés
un inventeur de faits divers
un rêveur de réalités

il habitait en solitaire
une maison du carré st-louis
deux ou trois chats
beaucoup d’ lumière
de temps à autre un vieil ami

il aimait l’ordre et la douceur
et derrière ses petites manies
se cachait l’idée du bonheur
sans faire de mal
sans faire de bruit

mais dans le noir de sa mémoire
s’ouvrait le trou blanc de l’oubli

l’oubli
l’oubli
l’oubli des mots
l’oubli des gestes
oubli de tout
ce temps qui reste
prisonnier de ce funeste oubli

il avait aimé une femme
mais c’était il y a très longtemps
plutôt que d’y laisser son âme
il avait viré comm’ le vent

maintenant
des garçons de passage
lui dérobaient des bouts d’sa vie
il dessinait leurs doux visages
eux repartaient sans dire merci

il notait tout dans un carnet
le nom des gens
l’odeur des choses
et quand le vent virait morose
pour se souvenir il relisait

mais il voyait entre les lignes
grandir le trou blanc de l’oubli

l’oubli
l’oubli
l’oubli des mots
l’oubli des gestes
oubli de tout
ce temps qui reste
prisonnier de ce funeste
oubli

un jour en rentrant du café
où chaque matin
venait s’asseoir
par le trou blanc de sa mémoire
il sentit sa vie s’en aller

il écrivit comme à l’école
son nom en lettres détachées
puis il épingla sur le col
de son manteau
le bout de papier

dans l’eau glacée
du saint-laurent
il revit couler son enfance
et offrit son corps en silence
au démon qui suit le courant

je chante
pour ne pas qu’il meure
je chante pour tuer l’oubli

l’oubli
l’oubli
l’oubli des mots
l’oubli des gestes
oubli de tout
ce temps qui reste
prisonnier de ce funeste
oubli


Parlant de la paix

c’est un matin de printemps
je suis seul chez moi
j’essaye d’écrire
comme il se doit
quelque chose de grand
quelque chose de savant
sur la paix justement
je cherche une image
un symbole, une phrase
une idée géniale
qui servirait de base
à un texte géant
alors voilà je suis là…
et j’attends…
j’attends !

soudain de la rue
monte une rumeur sauvage
le vacarme confus
d’une querelle de ménage
un homme une femme
sur le trottoir d’en face
se pitchent des chars
de bêtises en pleine face
c’est pas dans ma nature
de jouer les voyeurs
mais vu la température
et puis… y’est d’bonne heure
je tends l’oreille
j’attrape quelques mots
que je vous rapporte illico

fiche-moi la paix !
sacre-moi la paix !
fous-moi la paix !
câlisse-moi la paix !

(oh c’est laid, c’est laid…)

quelle étrange coïncidence
me dis-je en moi-même
on me parle de paix
mais voilà le problème
on se sert de gros mots
des mots de la guerre
des mots que je ne répéterais
jamais à ma mère
alors n’écoutant que mon courage
je crie :
surveillez donc votre langage
si vous voulez la paix
c’est déjà dans les mots
qu’il faut la désirer
alors dites plutôt

chante-moi la paix !
danse-moi la paix !
chatouille-moi la paix !
caresse-moi la paix !

(c’est mieux, c’est mieux…)

sans attendre l’issue
de cette altercation
je retourne au travail
et là… révélation !
bon sang ! c’est bien sûr !
il se cache une leçon
dans cette brève aventure
alors écrivons !
c’est dans les mots de tous les jours
dans les gestes banals
que commence la paix
c’est pas très original
mais les idées dans la tête
c’est comme des clous
pour être sûr qu’elles pénètrent
ça prend quelques coups…

(doux, doux, doux les coups…)

chante-moi la paix !
danse-moi la paix !
chatouille-moi la paix !
caresse-moi la paix !

parlant de la paix
comment voulez-vous qu’on la fasse
si chaque jour on la fiche on la fout
on la sacre on la massacre
on la crisse on la câlisse
s’cusez mon langage
c’était pour vous montrer
l’étendue des ravages
si vous voulez savoir
où s’en va la paix
ouvrez la télé
vous verrez que c’est laid
mais si vous voulez savoir
d’où elle vient
alors ouvrez-vous le cœur
et tendez-vous la main

si vous voulez savoir
d’où elle vient
alors ouvrez-vous le cœur
et tendez-vous la main !

chante-moi la paix !
danse-moi la paix !
chatouille-moi la paix !
caresse-moi la paix !


Sourire de chien

je suis un chien de bord de mer
copain poilu des vacancières
les enfants jouent à m’faire courir
les voir heureux ça m’fait sourire

on lance des balles ou des bouts d’bois
que je rapporte à chaque fois
fierté canine dans l’eau salée
tous aux abris je vais m’secouer

pourquoi la mer goûte pas la pluie ?
c’est désolant
comme si toutes les larmes de la terre
baignaient dedans

je n’suis l’meilleur ami d’personne
fidèle à celui qui me donne
un bout de pain lancé en l’air
un peu d’bonheur au bord d’la mer


La princesse et le croque-notes


Veux-tu danser?

veux-tu danser avec moi cette danse ?
c’est la dernière le piano dort déja
de grands amours
d’incroyables romances
ont vu le jour se lever
sur cette chanson-là

n’hésite pas…
je sais à quoi tu penses
il veut mon corps
il a peur de la nuit
tu n’as pas tort
mais voilà la nuance
la nuit est longue
je veux ton âme aussi
la nuit est longue
je veux ton âme aussi

quand je t’ai vue
passer devant ma table
en un éclair
j’ai cru la prophétie
une femme ailée
au sourire indomptable
t’apparaîtra
sur le coup de minuit

ne t’enfuis pas…
mon discours est étrange
mais l’heure avance
et je suis fou de toi
n’est pas méchant
le démon qui m’démange

veux-tu danser
cette danse avec moi ?
veux-tu danser
cette danse avec moi ?

veux-tu tenter
avec moi cette chance ?
quelle importance
nous n’savons
rien de nous
l’accordéon souffle
sur le silence

veux-tu danser
cette danse à mon cou ?
veux-tu danser
cette danse à mon cou ?


Les dinosaures

dis-moi pourquoi
les animaux ?
dis-moi comment
les hologrammes ?
y a-t-il un trou
dans le pôle nord ?
où sont allés
les dinosaures ?
où sont allés
les dinosaures ?

dis-moi par où
les éléphants ?
dis-moi combien
de papillons ?
pourquoi toujours
peur de la mort ?
où sont allés
les dinosaures ?
où sont allés
les dinosaures ?

amour amour
où est la clé ?
pourquoi toujours
les yeux mouillés ?
combien de rêves
avant l’aurore ?
où sont allés
les dinosaures ?

pour qui ces phrases
apprises par cœur ?
pourquoi les cœurs
épris d’eux-mêmes ?
pourquoi les absents
toujours ont tort ?
où sont allés
les dinosaures ?
où sont allés
les dinosaures ?
dis-moi pourquoi
les pneus qui brûlent ?
dis-moi combien
de soldats fous ?

y a-t-il une trêve
avant la mort ?
où sont allés
les dinosaures ?
où sont allés
les dinosaures ?

amour amour
où est la clé ?
pourquoi toujours
les yeux mouillés ?
combien de rêves
avant l’aurore ?
où sont allés
les dinosaures ?

dis-moi pourquoi
le sens unique ?
donne-moi le nom
d’un homme heureux ?
quelle est la vraie
couleur de l’or ?
où sont allés
les dinosaures ?
où sont allés
les dinosaures ?
qui a caché
les dinosaures ?
qui a caché
les dinosaures ?

amour amour
où est la clé ?
pourquoi toujours
les yeux mouillés ?
combien de rêves
avant l’aurore ?

amour amour
où est la clé ?
pourquoi toujours
les yeux mouillés ?
combien de rêves
avant l’aurore ?
où sont allés
les dinosaures ?


Tout seuls en Amérique

tout seuls en amérique
rappelle-toi les sirènes
les bateaux de couleurs
et le vin tiède et doux
nous nous tenions blottis
sur un quai de fortune
et des années-lumière
s’étalaient devant nous

sous la laine et le cuir
collés collés nos corps
pour ne laisser passer
que nos frissons nouveaux
sur les marais teintés
de couleurs volatiles
nos yeux se promenaient
et cherchaient des oiseaux

tout seuls en amérique
rappelle-toi la promesse
et nos mains
caressantes
de se savoir aimées
et les mots fabuleux
qui glissaient
de ta bouche
« si ton rêve est le mien
je veux ce que tu veux »

tout seuls en amérique
rappelle-toi cette chambre
aux rideaux de coton
le souffle de la mer
endormie tu disais
« il fait froid sur la terre
garde-moi de la peur… »
je disais « garde-moi… »

nous marchions en silence
sous la pluie délicate
visiteurs égarés
dans la morte saison
notre pacte d’amour
encore chaud sur les lèvres
un enfant sur la grève
écrivait son prénom

tout seuls en amérique
vers la fin de ce siècle
au milieu de nos vies
à la tombée du jour
je t’aimais
comme je t’aime
ma belle évidence
ma nouvelle enfance
je t’aimais
comme toujours

tout seuls en amérique
vers la fin de ce siècle
au milieu de nos vies
à la tombée du jour
je t’aimais
comme je t’aime
ma belle évidence
ma nouvelle enfance
je t’aimais
comme toujours


OTu peux dormir

on parle de toi à la radio
sur le journal y’a ta photo
j’me sens tout p’tit
j’voudrais grimper sur tes genoux
sentir ta barbe piquer ma joue
te dire bonne nuit

te faire parler quelques moments
r’garder bouger ta pomme d’adam
ça m’faisait rire
le temps qui passe est un méchant
papa le temps est un méchant
tu peux dormir…
tu peux dormir…

« le cabaret du soir qui penche »
et moi qui guette une auto blanche
demain lundi
j’fouille tes tiroirs où ça sent l’cuir
le parfum d’homme et les souvenirs
d’avant ma vie

j’voudrais m’glisser dans tes silences
savoir enfin à quoi tu penses
quand tu souris
le temps qui passe est un méchant
papa le temps est un méchant
tu peux dormir…
tu peux dormir…

tu peux dormir…
tu peux dormir…