Maudit Bonheur (1998)


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Pleurer pour rien

pleurer pour rien
sans s’ faire de mal
quand y’a trop plein
d’folie banale
pleurer pour rien
ni pour personne
même sans chagrin
même sans maldonne

pleurer pour rien
sans s’fendre l’âme
sans mélodie
ni mélodrame
pleurer pour rien
laisser couler
sans retenir
sans y penser

pleurer pour rien…

pleurer pour rien
pour la musique
jusqu’à la fin
su’l’titanic
pleurer l’matin
pour un nuage
en forme de rien
dans l’paysage

pleurer pour rien
un soleil rose
un ciel magritte
une page de prose
pleurer pour toute
la vie fragile
tout c’qui est beau
et inutile
pleurer pour rien…

pleurer le vide
la lune pleine
le sang fluide
dedans nos veines
pleurer tout doux
l’énorme amour
la p’tite planète
qui tourne autour

pleurer pour rien…

pleurer pour rien
devant tout le monde
ses hommes de bien
ses femmes profondes
pleurer pour tout
c’qu’on peut pas dire
s’mouiller les joues
et puis en rire

pleurer pour rien…


Toute personnelle fin du monde

il lui dit : je t’attends
elle répond : je t’attends depuis plus longtemps
elle dit qu’elle a mal
il lui répond : tu cours après c’est normal
un porte claque
comme un coup d’matraque
quelqu’un se sauve
avec ses cliques et ses claques
elle se dit : je l’aime et il s’en fout
il se dit : je l’aime encore comme un fou

n’alertez pas les médias
n’encombrez pas les ondes
partout sur terre à chaque seconde
une fin du monde
une panne d’amour en eau profonde

une toute personnelle fin du monde
une toute personnelle fin du monde

il lui dit : t’as eu tort
elle répond : j’étouffais
j’ai tout fait pour toi d’abord
elle lui dit : tu m’vois pas
il lui répond : j’te vois
mais toi t’es plus l
un miroir se brise
dans la zone grise
entre ce qu’ils pensent et ce qu’ils se disent
elle se dit qu’elle l’aime mais qu’il est con
il se dit : je l’aime et j’ai raison
n’alertez pas les médias
n’encombrez pas les ondes
partout sur terre à chaque seconde
une fin du monde
une panne d’amour en eau profonde
une goutte de sang sur la mappemonde

une toute personnelle fin du monde
une toute personnelle fin du monde

il lui dit de revenir
elle répond : j’ai encore des travaux à finir
elle lui dit : attends-moi
il répond : je ne sais plus ce que j’attends de toi
et les mots dérapent
ça grogne et ça jappe
on s’accroche à nous avant que tout nous échappe
elle se dit : je l’aime et c’est comme ça
il se dit : je l’aime et c’est comme ça

n’alertez pas les médias
n’encombrez pas les ondes
partout sur terre à chaque seconde
une fin du monde
une panne d’amour en eau profonde
une goutte de sang sur la mappemonde
une microscopique hécatombe

une toute personnelle fin du monde
une toute personnelle fin du monde
une toute personnelle fin du monde


Par un hublot d’avion

par un hublot d’avion la nuit
le fleuve est un miroir immense
des îles de glace y vont baignant
sous la pleine lune

petit avion vole en douceur
beau bimoteur chante en sourdine
le front collé au verre étanche
je me penche

les autoroutes et les villages
géographie géométrie
l’histoire de l’homme en points d’lumière
sous l’hiver

moi de là-haut cœur en suspens
j’envie la vie des gens d’en bas
j’devine la belle en bas dormant
et son amant

tout est velours dans la cabine
l’aéroplane est somnambule
inévitable et solitaire
bulle de fer
par un hublot d’avion la nuit
dieu que le vide est attirant
dieu que l’amour est un tyran
sous la pleine lune

par un hublot d’avion la nuit
je vois ton âme quitter la mienne
et glisser nue sur le cristal
boréal

beau comme la mort quand elle est douce
ton corps me fuit et j’ai la frousse
de perdre tout
dans l’air glacé

ils dorment tous autour de moi
sur un ailleurs de nuit je veille
par un hublot d’avion la nuit
la vie la mort l’amour
pareils


Maudit bonheur

tiens, v’là l’bonheur
où c’est qu’t’étais ?
maudit sans-cœur
où tu t’cachais ?
j’ai manqué d’veine
tu t’es poussé
là tu t’ramènes
le bout du nez

tiens, v’là l’bonheur
tout pomponné
penses-tu qu’astheure
j’vais t’écouter ?
sacré voleur
tu m’as floué
là tu reviens
t’faire pardonner

dans un creux d’vague
l’amour zigzague
l’âme divague
le cœur prend l’eau
t’as eu la chienne
j’ai eu d’la peine
maudit bonheur
t’as eu ma peau

tiens, v’là l’bonheur
pourquoi tu m’colles ?
en quel honneur ?
t’as pas d’parole
maudit menteur
insiste pas
j’pourrais te suivre
encore une fois

tiens, v’là l’bonheur
tu sens ben bon
j’connais l’odeur
c’est son parfum non
méchant farceur
qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
t’es d’bonne humeur
moi j’me méfie

dans un creux d’vague
l’amour zigzague
l’âme divague
le cœur prend l’eau
t’as eu la chienne
j’ai eu d’la peine
maudit bonheur
t’as eu ma peau

maudit bonheur
qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
si elle me cherche
je suis ici


La maison froide

dans la maison froide
les murs se souviennent
le piano malade
ne valse plus vienne

bibelots ridicules
faux chandelier d’or
dans la maison froide
quelque chose est mort

dans la maison froide
il ne reste rien
de la mascarade
qu’un masque de chien

une carte d’affaires
au fond d’un tiroir
dans la maison froide
au bout d’la mémoire

dans la maison froide
l’écho d’un sourire
un morceau d’miroir
une poupée souvenir

le fantôme immense
de tous nos va-et-vient
dans la maison froide
il ne reste rien

dans la maison froide
si l’enfant revient
ouvrir une fente
dans le mur jardin

quatre sous d’soleil
éclaboussent tapis
dans la maison froide
c’est déjà la vie


Pars, mon bel oiseau

elle chante ses deux sets par soir
dans un country bar du plateau
un répertoire de peines d’amour
d’hommes infidèles et de chevaux

sous sa perruque rouge incendiaire
avec sa voix d’alcool blessée
elle fait courir la clientèle
dans des prairies de série b

mais dans le creux
des soirs de semaine
quand juste pour elle se faire plaisir
quand juste pour elle
toucher la peine
elle fait signe à ses gars de sortir
plantée seule au milieu de la scène
elle laisse ces mots l’envahir

pars pars
mon bel oiseau
ouvre les ailes
trouve le vent chaud
pars pars
ni trop tard
ni trop tôt
reviens-moi
mon bel oiseau
reviens-moi
mon bel oiseau

en plein été la gaspésie
c’est beau comme un soupir de femme
étendue dans les herbes hautes
elle offre son corps au soleil

lui la regarde l’œil humide
a beau jouer toffe ça lui fait mal
comme si son char plongeait dans l’vide
vas-tu m’écrire de montréal ?

mais la réponse est si légère
qu’elle s’envole au-dessus des toits
alors lui fait semblant de la croire
et se jette au doux de ses bras
encore une fois c’est la dernière
elle l’entend chanter ces mots-là

pars pars
mon bel oiseau
ouvre les ailes
trouve le vent chaud
pars pars
ni trop tard
ni trop tôt
reviens-moi
mon bel oiseau
reviens-moi
mon bel oiseau

pars
mon bel oiseau
ouvre les ailes
trouve le vent chaud
pars pars
ni trop tard
ni trop tôt
reviens-moi
mon bel oiseau
reviens-moi
mon bel oiseau


Rue Sanschagrin

on ne voit plus françois
sur la rue sanschagrin
il s’en va quelquefois
puis toujours il revient
mais là depuis trois mois
sans nouvelles sans potins
nathalie son amie
est toute seule et n’a rien
que la nuit comme abri
sur la rue sanschagrin

elle a besoin d’un ange
sur la rue sanschagrin
mais on voit qu’elle dérange
alors on change de chemin
elle serre son p’tit change
dans le creux d’une main
elle a peur des voleurs
elle est sale elle a faim
elle a besoin d’un ange
sur la rue sanschagrin

elle se souvient toujours
d’une maison de poupée
du lilas dans la cour
de sa belle robe d’été
d’une main sur sa bouche
d’une autre qui la touche
du sanglot étouffé
sous un oreiller
sur la rue sanschagrin
elle essaie d’oublier

un éclair dans les veines
sur la rue sanschagrin
un moment elle est reine
un moment elle est rien
et ses pas la ramènent
dans la rue comme un chien
les passants s’effaçant
quand elle leur tend la main

un éclair dans les veines
sur la rue sans chagrin
un poison dans les veines
sur la rue sanschagrin

elle se souvient toujours
d’une maison de poupée
du lilas dans la cour
de sa belle robe d’été
d’une main sur sa bouche
d’une autre qui la touche
du sanglot étouffé
sous un oreiller
sur la rue sanschagrin
elle essaie d’oublier

on a trouvé son corps
sur la rue sanschagrin
quelque part dans le nord
les parents n’savent rien
dans la lueur des phares
la neige vole et vient
nathalie endormie
rêve qu’on lui prend la main
c’est françois qui revient
sur la rue sanschagrin


Toujours là pour elles

cette nuit adèle
a rêvé d’un cheval
va le magnifique va
emmène-moi au bal
y’aura d’la musique
et des choses sucrées
tiens voilà son sourire
pour la matinée

jojo se réveille
où est ma doudou ?
j’ai oublié mon rêve
adèle à quoi on joue ?
en suçant son pouce
elle veille à ses affaires
adorable frimousse
et sacré caractère

moi je serai toujours là pour elles
toujours les aimer
tout apprendre d’elles
qu’importe le toit
qu’importe le ciel
je s’rai toujours là pour elles

dans le lit des grands
chatouilles caresses
allo maman je t’aime
papa pourquoi tu stresses ?
ce matin pas d’école
c’est pédagogique
le printemps rigole
allez mets-nous des comiques

sous les doigts d’adèle
le piano dessine
des rumbas d’hirondelles
des chachachas de chine
joséphine s’élance
dans ses plus beaux souliers
elle s’invente une danse

au pingouin café
moi je serai toujours là pour elles
toujours les aimer
tout apprendre d’elles
qu’importe le toit
qu’importe le ciel
je s’rai toujours là…

moi je serai toujours là pour elles
elles prendront la route
elles auront des doutes
mais j’s’rai toujours là pour elles

à être quelque chose
elles jouent à l’imparfait
on était des princesses
on avait des secrets
on connaissait la science
on était magiciennes
on faisait des expériences
avec alice la chienne

qui l’a fait la première ?
c’est pas moi c’est ma sœur
adèle est en colère
joséphine pleure
je les prends dans mes bras
je leur fais ce poème
cette chanson maladroite
pour dire que j’les aime

et qu’je serai toujours là pour elles
toujours là pour elles
toujours les aimer
tout apprendre d’elles
qu’importe le toit
qu’importe le ciel
je s’rai toujours là pour elles


Mon triste et pauvre coeur

mon cœur
mon triste et pauvre cœur
si tu savais comme j’te connais
par cœur
t’as peur
tu trembles comme une fleur
s’il fallait qu’on se taille
qu’on aille se voir ailleurs
s’il fallait qu’on déraille
mon triste et pauvre cœur

mon âme
mon incroyable flamme
si tu savais l’désir qui me désâme
tu pleures
ça coule comme en avril
t’as peur qu’on coupe le fil
qui nous relie
ma sœur
et qu’il se sauve en ville
mon triste et pauvre cœur
je suis fatigué
les mots me manquent
le temps me fuit
j’ai cherché longtemps
je cherche encore aujourd’hui
la beauté fragile
qu’la vie dépose
sur les gens les choses
je suis fatigué d’attendre
que tendre soit la nuit

mon triste et pauvre cœur
si on savait pourquoi tout ça
nous fait si peur
mal au cœur
alors
on pourrait tuer la mort
danser toujours ensemble
au bal des enchanteurs
l’amour qui nous ressemble
mon triste et pauvre cœur


Ta robe rouge

je n’veux pas être libre
je me fous d’être beau
d’atteindre l’équilibre
d’être un homme nouveau
je n’veux pas manger mieux
ni faire mes exercices
je n’veux ni être dieu
ni ressembler à son fils

j’veux t’revoir dans ta robe rouge
et que doucement pour moi tout seul
pour moi tout seul tu bouges
oh je veux t’revoir dans ta robe rouge

je n’veux pas être grand
ni dans le dictionnaire
ni sur tous les écrans
du mensonge planétaire
je n’veux ni de montagne
ni de lac à mon nom
ni que gagne ma gang
à toutes les élections

oh je veux t’revoir dans ta robe rouge
et que doucement pour moi tout seul
pour moi tout seul tu bouges
oh je veux t’revoir dans ta robe rouge

c’était ta robe des soirs de soie
ta robe des jours de joie
je l’ai gardée pour toi
le temps peut bien nous jouer les tours
que le temps joue toujours
je l’ai gardée pour toi
je l’ai gardée pour toi

J’veux jamais être sûr
de quoi que ce soit sur terre
je me fous d’être pur
ou d’être millionnaire
je n’veux ni vivre vieux
ni m’rouler dans le vice
je n’veux pas être dieu
je n’veux pas être elvis

oh je veux t’revoir dans ta robe rouge
et que doucement pour moi tout seul
pour moi tout seul tu bouges
oh je veux t’revoir dans ta robe rouge
et que doucement pour moi tout seul
tu bouges
et que doucement pour moi tout seul
tu bouges
et que doucement
pour moi tout seul
tu bouges…


Madeleine


Ça reste dans la famille

ça se passe en dehors
ça se passe en dedans
ça passe au travers du temps
ça rit et ça pleure
des fois ça fait peur

mais toujours la p’tite flamme qui brille
ça reste dans la famille

ça se parle tout bas
des fois ça se dit pas
des fois ça se dit violemment
on s’aime ça s’peut-tu ?
des fois on s’aime pus

mais toujours la p’tite flamme qui brille
ça reste dans la famille
ça se souvient de tout
jalousie entre nous
pardonnée
terminée
c’est tout
et ça s’ouvre parfois
sur un bel au-del
rendez-vous
les mots doux
tout va

ça se passe ent’ les mains
ça va et ça vient
ça passe et on y peut rien
on rit ou on pleure
quelquefois on meurt

mais toujours la p’tite flamme qui brille
ça reste dans la famille
ça reste dans la famille