Méfiez-vous du grand amour (1977)


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Méfiez-vous du grand amour

il se cache dans un coin de votre vie
en habit du dimanche et en souliers vernis
il connaît par coeur vos allées, vos venues
il vous voit de loin vous l’avez jamais vu
il se tient dans les bars du centre-ville
ou dans le creux de la banlieue
il se tient partout
il se tient partout

il vous guette en attendant le bon moment
pour vous frapper dans le dos et pour longtemps
c’est un assassin du montréal matin
le dernier des grands, le plus grand des vauriens
il se tient chez les marchands de journaux
dans les bowlings et les bingos
il se tient partout
il se tient partout

méfiez-vous du grand amour
qui se promène aux alentours
dans des habits trop grands pour lui
on sait pas son âge ni son nom
si vous sortez faites attention
laissez vot’coeur à la maison, à la maison

sur les bords de l’autoroute on l’a vu s’pencher
dans les châssis d’cave d’un beau duplex climatisé
les amoureux fous faisaient l’amour tout habillés
et lui le grand amour riait à gorge déployée
un jour dans le secret de vot’bonheur
quand il vous aura pris le coeur
il rira de vous

méfiez-vous du grand amour
qui se promène aux alentours
dans des habits trop grands pour lui
on sait pas son âge ni son nom
si vous sortez faites attention
laissez vot’coeur à la maison, à la maison


Le plus fou des deux

j’ai un ami que j’vois pas souvent
mais que j’aime tout autant
c’est un drôle de gars qui vit dans une drôle de maison
avec un drôle de chat
quand j’vais chez lui ça dure toute la nuit
pis trente et une tasses de café
on se raconte tout, nos amours, notre vie
y rit de moi, pis moi j’ris d’lui

c’est pas tous les jours qu’on peut voir
deux imbéciles heureux qui se comprennent comme nous deux

c’est quelqu’un de bien
qui peut vous nommer toutes les bières du monde entier
c’est un philosophe de supermarché
un héros de bandes dessinées
y’a certains soirs, on arrange l’histoire
le monde est trop petit pour nous
on fait des plans pour sauver le monde
on se regarde et on rit comme des fous

c’est pas tous les jours qu’on peut voir
deux imbéciles heureux qui se comprennent comme nous deux

un jour j’lui ai dit que j’étais en amour
y m’a fait une espèce de drôle de discours
rappelle-toi michel la dernière fois t’as tellement braillé
on savait pus par quel bout te ramasser
mais là j’lui ai dit que c’temps-là c’est fini
avec elle, c’est pour la vie
y’a remis du cognac dans ma tasse de café
-« viens t’asseoir, on va jaser »
-« tout c’que j’ai pu dire c’est que j’te trouvais jolie
quand le soleil caressait ton oreiller »
j’ai vu son sourire, j’ai vu dans ses yeux
que c’était pas lui le plus fou des deux, le plus fou des deux


Belle promeneuse

j’ai trouvé ta lettre marguerite, en revenant du bureau
sur une pile de journaux
j’me suis pris une bière dans l’frigidaire
j’suis descendu dans l’parterre, pour la lire comme il faut
le soleil était rose sur la banlieue

oh je sais qu’on est plus dans l’même bateau
toi qui courailles la planète, moi qui dors à pont-viau
tu m’écris de la grèce et du beau temps
tu me parles de lumières, de musique et d’océans
c’est un maudit beau cadeau pour mes trente ans

oh ma belle promeneuse, pense à moi quand tu r’viendras
j’suis toujours à la même place, en arrière du centre d’achats
viens nous voir, viens nous voir, viens raconter aux enfants
tes voyages en orient, c’est sûr qu’ils vont aimer ça
ça les changera d’la tv pour une fois

icitte, y’a pas grand-chose qui a changé, sauf le char l’année passée
ça nous fait des choses à dire
les enfants vont à l’école maintenant
ils s’inventent des voyages, sur l’asphalte du garage
et ma femme trouve qu’ils m’ressemblent évidemment

oh ma belle promeneuse, pense à moi quand tu r’viendras
j’suis toujours à la même place, en arrière du centre d’achats
viens nous voir, viens nous voir, viens raconter aux enfants
tes voyages en orient, c’est sûr qu’ils vont aimer ça
ça les changera d’la tv pour une fois

moi aussi, j’aurais l’goût de m’en aller
si ma femme change pas d’idée
on prendra des vacances
c’est ma mère qui va garder les enfants
on ira aux états, ou peut-être même en france
on l’aura not’ bonheur organisé

oh ma belle promeneuse, pense à moi quand tu r’viendras
j’suis toujours à la même place, en arrière du centre d’achats
viens nous voir, viens nous voir, viens raconter aux enfants
tes voyages en orient, c’est sûr qu’ils vont aimer ça
on baissera le son d’la tv pour une fois


Juste assez d’place

trop d’canards qui gèlent en plein hiver
trop d’bons y’ables qui brûlent en enfer
oh y’a trop d’monde dans la foule
y’a trop d’alcool qui coule
icitte y’a trop d’poussière
pour que j’te laisse coucher à terre
oh y’a juste assez d’place pour toi dans mon lit à soir

trop d’enfants qui tombent en bas du lit
trop d’papas pis trop d’mamans aussi
oh y’a trop d’fous qui se défoulent
y’a trop d’argent qui roule
icitte y fait trop clair
m’a fermer deux, trois lumières
oh y’a juste assez d’place pour toi dans mon lit à soir

y’a trop d’amour qui s’perd dans l’métro
y’a trop d’poètes qui ont pas d’stylo
y’a trop de p’tits qui veulent être gros
y’a trop de belles filles qui braillent en attendant
y’a trop d’beaux gars qui baillent en les r’gardant brailler
pis là y’est ben trop tard pour rentrer chez ta mère
pis y’a juste assez d’place pour toi dans mon lit à soir

y’a trop d’chiens sales qui s’cassent la gueule
y’a trop d’baveux qui s’la cassent pas
pis y’a trop d’paresseux comme moi qui restent la
y’a trop d’amis qui veulent du bien
y’a trop d’fendants qui veulent rien
pis ent’les deux y’a trop d’peureux
qui s’pognent les mains
pis là y’est ben trop tard pour rentrer chez ta mère
pis y’a juste assez d’place pour toi dans mon lit à soir

y’a trop d’poissons qui cherchent le saint-laurent
trop d’pétrole perdu qui flotte dedans
oh y’a trop d’gros chars qui roulent
trop d’avions qui s’écroulent
icitte y fait trop clair
m’a fermer deux, trois lumières
tu peux dire tes prières
oh y’a juste assez d’place pour toi dans mon lit à soir
oh y’a juste assez d’place pour toi dans mon lit à soir


L’inconnu du terminus

au terminus de la nuit
tous les destins sont écrits
sur le tableau lumineux des départs
y’a des valises et y’a des gens
et leur silence est pesant
et la musique joue pour passer le temps

et la princesse est sur un banc
solitaire et endormie
dans la chaleur de son photo-roman
elle s’en retourne ce soir
et dans son rêve évanoui
montréal a la couleur de l’ennui

on est toujours inconnu
au terminus de la nuit
on est une ombre que le néon poursuit
jusqu’à l’heure du départ
quand le restant du monde nous oublie

y’a la serveuse du restaurant
on voudrait l’appeler maman
on voudrait lui raconter nos péchés
quand elle s’approche on peut voir
que ses cheveux sont bien noirs
mais elle est blonde pour faire plaisir au client

et le client est une vedette
de la vie quotidienne
un acteur au théâtre des semaines
il redemande une bière
c’est le grand rôle de sa carrière
à la fin il sort en saluant

on est toujours inconnu
au terminus de la nuit
on est une ombre que le néon poursuit
jusqu’à l’heure du départ
quand le restant du monde nous oublie

puis on annonce un départ
pour une ville dans le nord
premier appel pour le jugement dernier
un autobus noir et blanc
ouvre ses portes et attend
que les élus se décident à monter
et j’ai ma place tout au fond
loin du chauffeur et des bouffons
et notre histoire me revient tout à coup
dans le fracas du moteur
la nuit s’ébranle et j’ai peur
on vient de jouer la fin de la partie
et le perdant s’en retourne chez lui

on est toujours inconnu
au terminus de la nuit
on est une ombre que le néon poursuit
jusqu’à l’heure du départ
quand le restant du monde nous oublie


Je suis un sacripant

j’ai vingt-cinq ans
j’en parais douze dans mes bons moments
je chante le blues comme un mauvais débutant
je suis un sacripant

j’suis pas une lumière
j’aurais plutôt l’air d’un abat-jour
je fais rimer le mot amour avec tout le temps
je suis un sacripant

j’ai connu des filles au moins deux ou trois
des belles filles à part de ça
je leur ai rien donné
elles m’ont laissé la
ça peut pas finir mal quand ça commence même pas

j’ai beaucoup d’amis
j’en ai des grands, j’en ai des petits
qui ont les moyens d’avoir des petits
moi je voudrais bien, mais j’ai pas le temps
je suis un sacripant

j’ai connu la guerre en allant aux vues
j’ai vu des batailles dans ma rue
comme j’étais rapide, je me suis jamais battu
mais y a rien qui fait plus mal qu’un bon coup de pied

j’ai des tiroirs
remplis de lettres d’amour jamais mallées
j’ai des miroirs où je me vois mal en vieillissant
je suis un sacripant


Ce matin-là


L’enterrement du bonhomme sept heures


Ramène la bouteille

ramène la bouteille par icitte
à soir on fait ça vite
on gagne le paradis

encore deux, trois verres pour savoir
si les anges ont les yeux bleus
si le taxi du bon dieu
est une chevrolet d’l’année

ramène la bouteille par icitte
à soir on fait ça vite
on gagne notre paradis

encore deux, trois verres pour savoir
si le bon dieu dans les cieux
est capable de nous reconnaître
avec la boucane dans les yeux

c’est beau
y’a même pas d’musique
pis tout le monde danse
c’est plein de femmes et d’espérance
et le waiter est en amour

c’est beau
voir le monde courir après la chance
le cœur seul est en vacances
les chevaux sont saouls et tournent toujours

ramène tes souvenirs en arrière
à soir on se laisse pas faire
on devient des héros

encore deux, trois verres, tu vas voir
le bonheur est pas trop haut
le bonheur est sur la terre
ils l’ont dit à la radio

c’est beau
la fille qui me r’garde depuis t’à l’heure
m’envoie des tatas dans le coeur
pendant que son chum compte son argent

c’est beau
j’ai le goût d’lui écrire un roman
j’ai le goût d’lui dire entre deux verres
que j’vaux ben plus de c’que j’ai d’l’air
en tout cas, à soir…

ramène la bouteille par icitte
à soir on est l’élite
on revire nos coats de bord

encore deux, trois verres, tu vas voir
la doublure est en satin
on aura l’air des millionnaires
assis sur nos bottes de foin

c’est beau
y’a des belles couleurs dans l’bar-salon
c’est plein de cravates et de vestons
et le gérant est tellement généreux

c’est beau
qu’esse qu’on fait icitte ?
dis-moi-le donc
un coup parti dis-moi ton nom
pis dis au gras là-bas avec le crayon
de ramener la bouteille

de ramener la bouteille
de ramener la bouteille
de ramener la bouteille par icitte


Bruxelles (Printemps 1977)

j’ai lâché la course en plein milieu
déçu un peu trop souvent par les amours tièdes et le mauvais temps
j’arrive un peu perdu, un peu perdant
à bruxelles au printemps

on s’est connu à pas de loup
moi j’étais l’amérique
et toi le mois d’avril au vent doux
bruxelles était belle
comme un accordéon triste et un peu fou

toi tu volais des fleurs la nuit
et dans ton lit tu faisais doucement
des tours de magie pour tes chiens savants
loin des bruits de la fête foraine

moi je te chantais déja
ma chanson d’amour, ma lueur d’espoir
comme on attend le bal du samedi soir
je t’attends et je t’aime toujours

on a parlé de notre histoire
dans les journaux secrets que les enfants ne montrent jamais
bruxelles était tendre
comme le vent dans ta chambre au début de mai

toi tu volais des fleurs la nuit
et dans ton lit tu faisais doucement
des tours de magie pour tes chiens savants
loin des bruits de la fête foraine

moi je te chantais déja
ma chanson d’amour, ma lueur d’espoir
comme on attend le bal du samedi soir
je t’attends, et je t’aime toujours

je suis revenu dans ma cour
ici c’est l’amérique et le bruit du moteur est parfois trop lourd
comme on attend la nuit dans la chaleur de juillet
je t’attends, et je t’aime toujours