Roi de rien (2013)

Roi de rien


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Roi de rien

j’ai un char
un vieux char
qui n’a plus de roues
je m’en sers encore
pour rester chez nous
je vis d’une ville
pleine de trous
dedans comme dehors
tu peux lire mon histoire
dans les craques du trottoir

j’ai un oiseau
qui a perdu son nid
mais qui chante tous les soirs
dans mon lit

j’ai un cadran
qui manque une main
mais qui m’avertit
quand on est demain

oh! j’suis bien
j’suis roi de rien
ni sujet ni souverain
pas de sang sur les mains
que j’suis bien
j’suis roi de rien

j’ai un radio
qui est tout en bois
mais qui manque le courant
j’y écoute le silence
quand il a le temps
par la fenêtre
de la cuisine
je vois tomber la vie
pis je peux compter les gouttes
quand je m’ennuie

je traîne un vieux lion
qui n’a plus de dents
mais qui valse
au bonheur des passants

j’ai un bateau
qui prend pas l’eau
mais qui aime le gin
sans glace ni eau…

oh! j’suis bien
j’suis roi de rien
ni sujet ni souverain
pas de sang sur les mains
que j’suis bien
j’suis roi de rien


Styromousse

tu regardes flotter les nuages
dans ta tasse en styromousse
ton café goûte le bâton
la vie est douce à Montréal
la chanteuse en fait des tonnes
pour capter ton attention
baisse le volume ou sors du char
la vie est courte fais-toi pas mal
le vieux port est inondé
d’un gros soleil de bout du monde
partirais-tu? aurais-tu l’guts
qu’est-ce qui te retient à Montréal?

tu regardes valser les mouettes
sur un ciel en papier bleu
un beau portrait pour les touristes
qu’est-ce qu’on vient faire à Montréal?
toi c’est sûr t’es venu pour elle
‘est tellement belle en uniforme
elle sent le savon pis la famille
les rêves de fille à ville Laval
mais toi pis elle c’est pas possible
y’a comme une tache qui revient tout l’temps
oublie le printemps oublie la ville
la vue est plate change de canal

tu regardes le pont à l’horizon
comment ça fait pour tenir tout seul?
ça prend du fer pis des millions
pis toi t’as rien faque ferme ta yeule
toi t’as rien sauf tout ton temps
pis tu te débrouilles avec tes mains
t’aimes le bois t’aimes le silence
pis t’aimes son corps en queue-de-cheval
tes doigts écrasent le styromousse
qu’on peut même pas récupérer
un goût amer dans le fond de la bouche
une vague de blues artisanal

tu tiens le volant comme à ta vie
t’as des secousses dans’ transmission
mais la chanteuse est endormie
quel temps y fait à Roberval?
tu revois ton père en boisson
t’entends ta mère qui rit aux larmes
ta collection de petites machines
ta photo de classe ton gant ta balle
la semaine passée sur le trottoir
t’as lu un prénom dans le ciment
y’a des souvenirs qui ont la vie dure
comme les briques rouges de Montréal


Mélodie

mélodie
tu m’as soufflé dans l’oreille
pis je t’ai suivie
j’avais quinze ans et demi
on a dansé collé
j’ai pas dormi de la nuit

mélodie
sur une toune de dylan
on s’est compris
blowin’ in the wind
sur mon transistor sony
par peter paul and mary

mélodie
t’es brune pis t’es rousse
pis t’es blonde aussi
t’es belle pis t’es douce
tu brailles pis tu ris
tu viens pis tu te pousses
pis moi sans répit
je te poursuis
oh ma mélodie

mélodie
j’ai appris un métier
pour t’oublier
pis là je me suis marié
pis là j’ai eu des petits
c’est eux autres ma vie
mais chaque nuit
je t’entends chanter
ma mélodie

mélodie
t’es brune pis t’es rousse
pis t’es blonde aussi
t’es belle pis t’es lousse
tu brailles pis tu ris
tu reviens pis tu te pousses
pis moi sans répit
je te poursuis
oh ma mélodie

mélodie
un accord de guitare
pis je t’ai suivie
j’avais quinze ans et demi
on a dansé collé
pis je m’en suis
jamais remis


Et on avance

je marche avec en laisse
le souvenir de mon chien
tous mes changements d’adresse
et tous mes lieux communs
le kid au coin d’la rue
c’est moi quand j’étais petit
pas sûr qu’il m’a reconnu
quand je lui ai dit «merci»
la ville sent bon la neige
le ciel est sans tracas
on dit que le temps s’abrège
mais j’m’en fais pas

demain n’est jamais celui qu’on pense
demain n’est jamais celui qu’on pense

pourquoi tu m’as souri?
t’étais pas bien toute seule?
qu’est-ce tu lui trouves ma gueule
dis-moi
qu’est-ce qui t’a pris?
moi le cerf fébrile
et toi
la biche effarouchée
la nuit était fragile
le ciel nous a touchés
décembre est une promesse
la rue met ses couleurs
on dit que l’amour blesse
ça me fait pas peur
demain n’est jamais celui qu’on pense
demain n’est jamais celui qu’on pense
et on avance

la vieille dame fatiguée
cherche quelque chose
et chaque pas qu’elle pose
est une éternité
mais nos regards se croisent
en sourires malhabiles
quand deux âmes s’apprivoisent
alors les mots sont inutiles
le soleil de quatre heures
est pas loin de se coucher
la ville est une rumeur
de froid feutré

demain n’est jamais celui qu’on pense
demain n’est jamais celui qu’on pense
et on avance


Dans l’bois

pas vu de sapin depuis au moins trente ans
sauf dan’es vitrines des magasins
je voudrais reposer ma tête trouée
ailleurs que su’l ciment
l’alcool me coule en d’sous d’l’écorce
je me rappelle pus d’aucune rivière
mon corps est un fantôme précoce
qui quête sa place au cimetière

dans l’bois
ramène-moi
ramène-moi chez nous
dans l’bois
ramène-moi
ramène-moi debout

dans ma caverne entre deux tours
toujours du bruit pis de la lumière
je suis sale de tout ce qui traîne à terre
comme une erreur du manitou
sur le visage des frères de rue
je reconnais le cuir je reconnais l’âme
mais la main tremble et la bouteille éclate
et l’ambulance hurle à la lune

dans l’bois
ramène-moi
ramène-moi chez nous
dans l’bois
ramène-moi
ramène-moi debout

je fais des rêves de carton trempe
pis je me réveille avec les loups
les hommes chassent les femmes dansent
et les néons chantent en innu

dans l’bois
ramène-moi
ramène-moi chez nous
dans l’bois
ramène-moi
ramène-moi debout

inspiré du documentaire de paul rivet
je ne veux pas mourir


Shangrila

la nuit est chaude et me colle à la peau
pas de sommeil
pas de repos
le son immense d’une ambulance perce le silence
quand t’es pas la
les soucis dansent dans mon cerveau

la rue murmure un air de gazoline
une toune qui tourne en boucle noire
dans ma radio
les heures humides
tombent lourdes comme des oiseaux
quand t’es pas la
mon âme vague se vide
à court de mots

alors je rêve de partir
avec toi de m’enfuir
un train de nuit pour Shangrila
les gares d’Europe et d’Asie
deux amoureux transis
un train de nuit pour Shangrila

l’image est floue
il neige dans l’écran
en plein mois d’août
j’ai douze ans
je sais pas ou
je sais pas quand
je sais seulement que tu seras la
j’attends la pluie
la fraîcheur et le vent
alors je rêve de partir
avec toi de m’enfuir
un train de nuit pour Shangrila

les gares d’Europe et d’Asie
deux amoureux transis
un train de nuit pour Shangrila
j’ai lu le livre j’ai vu la vue
j’voulais pas croire mais j’y ai cru
la vie fleurit au coin des rues de Shangrila
personne n’a peur
personne ne meurt
personne ne regarde l’heure
personne n’attend rien de personne
à Shangrila…

alors je rêve de partir
avec toi de m’enfuir
un train de nuit pour Shangrila
les gares d’Europe et d’Asie
deux amoureux transis
un train de nuit pour Shangrila


Ma sœur la lune

ma soeur la lune
a soir tu brilles
comme un chagrin de porcelaine
parc Lafontaine
y’a des amoureux
ceux qui ont de la peine
ceux qui sont heureux
t’es pas toute seule
ma soeur la lune

ma soeur la lune
des fois tu crois
des fois t’es pleine
des fois tu te caches
des fois j’en arrache
avec l’au-dela
tout ce qui nous rattache
pis tout ce qu’on voit pas
des fois je décrois
ma soeur la lune

ma soeur la lune
dans ma nuit noire
il y a longtemps
tu m’as saoulé
de tes rayons blancs
tu m’as fait voir des continents
des citadelles d’or
le lendemain
j’avais vingt ans
j’les cherche encore
ma soeur la lune

ma soeur la lune
fais-moi monter comme la marée
sors-moi d’la brume
prête-moi ta plume
pour écrire un mot
a l’encre de lune
qu’on le voie de haut
t’es pas toute seule
ma soeur la lune


Après l’orage

la mandoline abandonnée
à la vente de garage
entre les skis de randonnée
et les cadeaux d’mariage
a peut-être encore une chanson
de cachée sous la poussière
une belle histoire à raconter
aux humains de la terre

elle entre seule
à l’équitable café du voisinage
ouvre son ordi sur la table
trouve le site et la page
mais les mots tristes glissent
comme un savon sur son visage
et elle se demande à quoi bon
cliquer sur l’image

dans l’air après l’orage
respire le mystère
trouve le courage
dans l’air après l’orage
de l’aut’bord des nuages

l’automobile est immobile
coin papineau et purgatoire
mais dans sa tête roule en débile
la conversation d’hier au soir
l’argent l’amour le cul le fun
un compte secret de téléphone
un million d’affaires qui le dérangent
faudrait que la lumière change

dans l’air après l’orage
respire le mystère
trouve le courage
dans l’air après l’orage
de l’aut’bord des nuages

la cour d’école est vide
sauf pour deux ombres
près du mur
entrelacées d’amour
avides
une qui propose
l’autre qui est pas sûre
la pluie noire coule en rigole
le long de la clôture
et le flot des promesses folles
n’est plus qu’un murmure

dans l’air après l’orage
respire le mystère
trouve le courage
dans l’air après l’orage
de l’aut’bord des nuages
de l’aut’bord des nuages


Vertige

vertige
tête qui tourne
coeur qui fige dans le fond
de ma toune
vertige
doute de toutte
pis vois pas l’boutte

j’apprends le vertige
je fais mes devoirs
j’écris dans le vide
à l’encre noire
je pèse une tonne
j’ai d’l’air liquide
mes pieds se cherchent
de quoi de solide
un fil de fer
une trampoline
la tête première
dans’ graisse de bine

vertige
tête qui tourne
coeur qui fige dans le fond
de ma toune
vertige
doute de toutte
pis vois pas l’boutte
pourquoi ça niaise?
pourquoi ça brette?
pourquoi tout le monde
attend que ça pète?
qu’est-ce que tu fais?
mon coeur t’es où?
est-ce que ça tourne pour toi itou?
ton amour est une salle d’attente
pis j’suis dans l’coin
tout nu comme une plante

je guette l’enseigne du dépanneur
jamais ouvert avant dix heures
mais j’ai pas soif
pis pas plus faim
pas sûr qu’y vend
ce que j’ai de besoin
un trou d’amour
rond comme une piasse
laisse rentrer
le vent dans ma cuirasse

vertige
tête qui tourne
coeur qui fige dans le fond
de ma toune
vertige
doute de toutte
pis vois pas l’boutte

c’est la saison
des amours tièdes
c’est comme le rhume
y’a pas de remèdes
il faut que ça passe
il faut que ça se tasse
faut que tu te relèves
avant que ça casse
un grand vertige
un mal de mer
un coup de soleil
en plein hiver

vertige
tête qui tourne
coeur qui fige au fond
de ma toune
vertige
doute de toutte
pis vois pas l’boutte
vertige
tête qui tourne
coeur qui fige dans le fond
de ma toune
vertige
doute de toutte
pis vois pas l’boutte
doute de toutte
pis vois pas l’boutte


Une lettre ouverte

c’était une lettre ouverte
au courrier des lecteurs
tout écrite dans ma tête
je la connaissais par coeur
comme elle était ouverte
les mots se sont poussés
la feuille est là inerte
ma plume sur le côté

je voulais dire au monde
que je t’aime pis que je t’attends
le chanter sur les ondes
le dire à l’air du temps

en faire une lettre ouverte
pour réchauffer les coeurs
que l’amour déconcerte
dans le courrier des lecteurs

vers le nord magnétique
les mots se sont envolés
ou vers un chaud tropique
en papillons légers

je suis sur mon île déserte
à compter les dodos
c’était une lettre ouverte
il ne manque que les mots


Avalanche

je roule à vide sur l’asphalte
c’est l’histoire de ma vie
dans la brume écarlate
mon trésor s’est enfui
des noms de villes apparaissent
disparaissent aussitôt
un brouillard de détresse
à couper au couteau
c’est-tu moi qui recule
où la route qui capote?
c’est une question ridicule
que le diable m’emporte

je voulais juste me trouver
une petite place ben au chaud
pour mon coeur délavé
comme une aire de repos
sur le bord de la route
je l’ai reconnue de loin
elle brillait comme un doute
dans la pluie du matin
le soleil est entré
par une craque dans mon âme
le coyote a hurlé
la forêt est en flammes

les images se mélangent
dans la poudre et le sang
la mémoire me démange
c’est à quelle heure le présent?
mon enfance qui griche dans la radio du char
c’est-tu le passé qui triche
où l’avenir qui est en retard?
deux mille ans de nuits blanches
à guetter son sourire

attention
avalanche
prière de ralentir

on annonce un garage
à la prochaine sortie
overdose de nuages
et souvenirs assortis
son visage était triste
comme une chambre d’hôtel
quittée à l’improviste
par l’amour infidèle
j’ai encore sur les mains
le parfum du désir
la musique de ses seins
et l’envie d’en mourir

les images se mélangent dans la poudre et le sang
la mémoire me démange
c’est à quelle heure le présent?
mon enfance qui griche dans la radio du char
c’est-tu le passé qui triche
où l’avenir qui est en retard?
deux mille ans de nuits blanches
à guetter son sourire

attention
avalanche
prière de ralentir

au détour de la route
un village a surgi
saint-joseph-de-la-déroute
je m’arrête pour la nuit
j’ai un trou dans’valise
j’ai brûlé mes lumières
la serveuse s’appelle lise
un sourire d’infirmière
sous sa blouse trop blanche
une promesse à tenir

attention
avalanche
prière de ralentir


Merci pour tout

merci pour le sac d’école et l’odeur des crayons
pour le plaisir de revenir chaque soir à la maison
merci l’écho de la voix de mon père dans l’ancien téléphone
merci ma mère dans l’autobus qui console son petit homme

merci les oiseaux de passage et les sages du passé
les mots à la main écrits dans les pages d’un livre retrouvé
merci les heures à respirer sans chercher la réponse
merci la vue quand y’a de la vie après la bande-annonce

merci pour tout merci pour rien
merci d’être là au long du chemin
merci pour tout merci pour rien
merci d’être là au long du chemin

merci le vent par la fenêtre ouverte sur l’automne
merci verlaine merci violons et langueurs monotones
merci la peau des femmes et leurs yeux quand elles rient
merci le goût des larmes et le corps qui dit oui

merci les chiens aux yeux tristesse en amour avec nous
merci le bois le feu caresse et ta tête dans mon cou
merci le goût du café fort dans les matins douteux
le chandail chaud le froid qui mord la face au vent frileux

merci pour tout merci pour rien
merci d’être là au long du chemin
merci pour tout merci pour rien
merci d’être là au long du chemin
au long des jours
au long d’l’amour
merci la foule merci la ville et tous mes pas perdus
merci le fleuve humain qui chante que tout n’est pas perdu
merci le printemps quand défile l’espoir en rouge et bleu
merci les flots les fous les folles
merci pour tous vos rêves de vivre mieux
merci pour tout merci pour rien
merci d’être là au long du chemin
merci pour tout merci pour rien
merci d’être là au long du chemin
au long des jours
au long d’l’amour


Cœur de vinyle

y’a un trou au milieu
de ton coeur de vinyle
par lequel passe l’amour
la pochette c’est tes yeux
on peut lire si on veut
les paroles de ta vie
écrites en petit

au début de la face a
une grafigne égratigne
le sillon d’la chanson
pis là ça saute
mais rendu su’l’côté 2
tout le monde est heureux
y’a des chansons d’amour
qui finissent mieux
y’a un trou au milieu
de ton coeur en mono
qu’est-ce tu dirais
si on se mixait stéréo?
qu’est-ce tu dirais
si on se mixait stéréo?