Un trou dans les nuages (1987 – Réédition 2012)


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Libérez le trésor

martin dans le nord regarde les nuages
et se cherche un avenir en étouffant la rage
qui lui serre la gorge
comme un foulard qui pique le cou
ses parents le dégoûtent et le prennent pour un fou
il s’emmerde à l’école et se moque de tout
ce qui bouge ce qui pense
ce qui se pense plus grand que lui

alors il sent l’orage qui menace le ciel de sa vie

il existe un trésor
une richesse qui dort
dans le coeur des enfants mal-aimés
sous le poids du silence
et de l’indifférence
trop souvent le trésor reste caché
libérer le trésor …

marie dans le sud les mâchoires serrées
la peur est une habitude qu’elle ne peut pas laver
de ses draps de ses jupes
de ses cheveux couleur de blé

elle sait que le vampire est encore en liberté
complet noir et cravate innocence prouvée
la parole d’un homme
contre une âme mutilée

alors elle sent l’orage qui menace le ciel de sa vie

il existe un trésor
une richesse qui dort
dans le coeur des enfants mal-aimés
sous le poids du silence
et de l’indifférence
trop souvent le trésor reste caché
libérer le trésor …

et ils traînent leur peine jusqu’au parc lafontaine
pour les cristaux de haine qui leur gèlent les veines
ils se vendent le corps
comme on venge la mort d’un ami
et ils cherchent l’amour dans les ruelles du paradis…

il existe un trésor
une richesse qui dort
dans le coeur des enfants mal-aimés
sous le poids du silence
et de l’indifférence
trop souvent le trésor reste caché
libérer le trésor …


Le privé

une autre histoire une autre sale histoire de chambre noire
trous dans le mur éclaboussures et sur le tapis je l’jure
un corps de femme un mélodrame et le parfum d’un havane
mari ami amant gênant amours imbibés de sang
qui a tué ? qu’a-t-on volé ? histoire de sexe ou de blé ?
banale affaire élémentaire mais je n’ai rien d’autre à faire
je suis privé je dois trouver je dois payer le loyer
mon revolver est en enfer et je suis juste derrière

elle est jolie et sur le lit elle jette un vison sali
il pleut dehors ça sent la mort qui boit du mauvais whisky
je suis privé j’ai pas d’amis je dors très peu chaque nuit
elle me regarde et sur mes gardes je la regarde aussi
riche héritière aventurière la rolls est parquée derrière
garde du corps attend dehors montre les dents si je sors
je suis privé j’ai pas d’amour je suis payé pour prouver
qu’elle est coupable sur la table elle plante un poignard doré

pas de gâteau pas de chandelle
pas de champagne ni de dentelle
pas de cadeau pour le privé

chapitre trois le même mois promenade au fond des bois
enfant volé rançon donnée enfant jamais retrouvé
l’affaire est claire pour les journaux et pour le public idiot
moi je la crois quand elle me dit qu’elle n’en croit pas un mot
un rendez-vous café désert comme une nuit en hiver
cheveux défaits passons aux faits je sais que tu n’as rien fait
par un sourire elle veut me dire que le pire est à venir
je suis privé elle est prévenue le film est déjà vu…

pas de gâteau pas de chandelle
pas de champagne ni de dentelle
pas de cadeau pour le privé

au matin gris trop courte nuit réveillé seul dans le lit
où sont ses lèvres ? où est sa peau ?
quel est ce froid dans mon dos ?
bout de papier sur l’oreiller épouvantable cliché
elle est partie elle s’est tirée attention je vais pleurer
café glacé volets fermés le téléphone est coupé
un parfum plane chez moi « cauchemar numéro trois »
je suis privé j’ai pas d’amour je suis payé pour prouver
qu’elle est coupable sur la table le poignard oublié

pas de gâteau pas de chandelle
pas de champagne ni de dentelle
pas de cadeau pour le privé


C’est un mur

c’est un mur qui se dresse entre un homme et sa soeur
quand la peau s’est trompée de couleur
il est froid comme la guerre il est vieux comme la terre
c’est un mur entre un homme et sa soeur

dans les villes où la peur est l’arme des puissants
il se dresse entre l’homme et l’enfant
il est froid comme la guerre il est vieux comme la terre
c’est un mur entre l’homme et l’enfant
nous qui ne sommes pourtant…

ni tout à fait noirs
ni tout à fait blancs
partout pareils
sous le vent…
ni tout à fait noirs
ni tout à fait blancs
partout pareils
dans le sang

c’est un mur qui se dresse en dehors de l’amour
tapissé d’appels au secours
il est froid comme le fer il est partout sur terre
c’est un mur en dehors de l’amour

dans un monde où la peur est l’arme des puissants
il nous cache la lumière du coeur
il est froid comme le fer il est partout sur terre
c’est un mur entre une femme et son frère

ni tout à fait noirs
ni tout à fait blancs
partout pareils
sous le vent…
ni tout à fait noirs
ni tout à fait blancs
partout pareils
dans le sang


Loup y es-tu?

elle a volé
par la fenêtre
elle a flotté
dans la nuit
je l’ai vue

elle a crié
comme la chouette
comme j’étais l
sûr
j’ai tout entendu

loup y es-tu?
m’entends-tu?
je cherche mon amour
loup y es-tu?
que fais-tu?
je cherche mon amour

il a vendu
son coeur au diable
derrière l’étable
à minuit
je l’ai vu

il a chanté
comme les arbres
comme j’étais l
sûr
j’ai tout entendu

loup y es-tu?
m’entends-tu?
je cherche mon amour
loup y es-tu?
que fais-tu?
je cherche mon amour

tard dans la nuit
vont les fantômes
vont les amours
j’étais l
j’ai tout vu


Blanche

je suis debout encore
il est passé minuit
voici l’heure où l’espace
soudain se refroidit
voici l’heure où les heures
que l’on vole au sommeil
dans la fumée s’envolent
et se payent au réveil…

je regarde la nuit
je ne pense à personne
personne me manque
et personne est ici
voici l’heure où le monde
a la face cachée
dans les recoins de l’ombre
je suis réveillé…

blanche… longue longue
longue longue nuit
blanche… longue longue
longue longue nuit

… blanche

habité par la lune
et nourri au néon
il me vient des images
des couleurs et des sons
il me vient des visages
des photos noir et blanc
voici l’heure où mon âge
est un ami troublant

animal à l’écoute
du frisson de la nuit
voici l’heure où le doute
se faufile et m’épie
et je sens sa présence
jusqu’au bout de mes doigts
animal à l’écoute
de ce qui ne dort pas…

blanche… longue longue
longue longue nuit
blanche… longue longue
longue longue nuit

… blanche

je suis debout encore
éternelle insomnie
fatigué dans le corps
éveillé dans l’esprit
besoin de mon amour
besoin de poésie
voici l’heure où le jour
se glisse sous la nuit

alors mes yeux se tournent
vers le jour qui s’en vient
aujourd’hui qui s’approche
et déjà c’est demain
mon amour se réveille
me rappelle à la vie
j’ai besoin de sommeil
au revoir et merci…

blanche… longue longue
longue longue nuit
blanche… longue longue
longue longue nuit

… blanche


Ma blonde et les poissons

en guadeloupe où l’air est beau
(où les palmiers viennent chatouiller l’eau)
j’ai vu ma blonde sans son maillot
(sans ses sandales et sans son paréo)
taquiner les poissons dans le creux
que même cousteau ne ferait pas mieux

sa peau blanche était bleue sous l’eau
(elle portait que ses palmes et son tuyau)
quand elle frôlait les coraux
(bijoux qui ondulent au fin fond des flots)
petits poissons lâchaient l’école
pour voir flotter ses formes folles

je veux revoir la guadeloupe
revoir ma blonde et les poissons

et sous la mer charmant tableau
(françois d’assise parlant aux oiseaux)
un million de poissons tropicaux
(ne poussez pas… prenez un numéro)
autour de ma blonde écoutaient sans bruit
car au fond de l’onde elle savait chanter aussi

je veux revoir la guadeloupe
revoir ma blonde et les poissons

y’a sur la terre de gros oiseaux jaloux
mangeurs de guerres avaleurs de gros sous
matin d’hiver moi tout ce que je veux
me retrouver tout nu dans la grande bleue

je veux revoir la guadeloupe
revoir ma blonde et les poissons


La valse de l’idiot


Un trou dans les nuages

ils sont passés par un trou dans les nuages
ils se sont posés à quelques pas de moi
moi qui ne suis que l’idiot du village
ils sont venus me voir
ils ont confiance en moi

ils m’ont donné une pierre imaginaire
comme un cristal taillé dans le bleu du soir
je l’ai cachée dans le bois sous les fougères
je l’aurai dans la main
quand ils reviendront me voir

au village ils ont ri
ils se sont moqués de moi
ils ont pointé le ciel
en riant aux éclats
au village ils ont ri
mais ils ne riront pas
quand je m’envolerai
et qu’eux resteront là

j’ai une amie qu’on appelle la sorcière
elle vit sans homme avec deux petits enfants
quand elle traverse les rues du village
on parle dans son dos
on la montre du doigt

quand je lui parle du trou dans les nuages
elle me sourit me regarde gentiment
moi qui ne suis que l’idiot du village
elle me prend par la main
et je sais qu’elle me croit

au village ils ont ri
ils se sont moqués de moi
ils ont pointé le ciel
en riant aux éclats
au village ils ont ri
mais ils ne riront pas
quand je m’envolerai
et qu’eux resteront là…

c’est pour demain je l’ai lu dans les nuages
dans la clairière ils reviendront se poser
et la lumière emplira mon visage
je serai sans témoin
comme ils me l’ont demandé

j’emporterai le sourire de la sorcière
et ce sera mon unique souvenir
et quand je verrai s’éloigner la terre
je n’aurai que l’envie
de ne jamais revenir

au village ils ont ri
ils se sont moqués de moi
ils ont pointé le ciel
en riant aux éclats
au village ils ont ri
mais ils ne riront pas
quand je m’envolerai…

quand je m’envolerai…


Petit homme

petit homme
toi tu dors et moi je veille
sur ton corps
tout alourdi de sommeil
tu ne sais rien
de tout ce qui t’attend
alors tu dors…

profites-en
tu n’entends pas l’oiseau moqueur
il doit être jaloux de not’bonheur
il fait si chaud
autour de ton berceau
alors qu’ailleurs…

ailleurs le monde est en hiver
les coeurs se gèlent
et se déchirent contre le fer oh ! non
petit homme
tu dors et moi je veille
il n’y a pas que des lapins blancs
au pays des merveilles

petit homme
je n’ai rien de plus que toi
que’ques années
que’ques amours
et quelques jours de joie
quelques pas de plus
sur cette boule perdue
dans l’azur…

petit homme j’attendrai ton réveil
pour te dire ce que je sais
des femmes et des abeilles
oh ! oui
c’est un doux secret qu’on ne percera jamais
si vaste et si troublant
qu’il faut rester vivant…


Je voudrais voir la mer

je voudrais voir la mer
et ses plages d’argent
et ses falaises blanches
fières dans le vent
je voudrais voir la mer
et ses oiseaux de lune
et ses chevaux de brume
et ses poissons volants

je voudrais voir la mer
quand elle est un miroir
où passent sans se voir
des nuages de laine
et les soirs de tempête
dans la colère du ciel
entendre une baleine
appeler son amour

je voudrais voir la mer
et danser avec elle
pour défier la mort

je voudrais voir la mer
avaler un navire
son or et ses canons
pour entendre le rire
de cent millions d’enfants
qui n’ont pas peur de l’eau
qui ont envie de vivre
sans tenir un drapeau

je voudrais voir la mer
ses monstres imaginaires
ses hollandais volants
et ses bateaux de guerre
son cimetière marin
et son lit de corail
où dorment les requins
dans des draps de satin

je voudrais voir la mer
et danser avec elle
pour défier la mort

je vis dans une bulle
au milieu d’une ville
parfois mon coeur est gris
et derrière la fenêtre
je sens tomber l’ennui
sur les visages blêmes
et sous les pas pesants
que traînent les passants

alors du fond de moi
se lève un vent du large
aussi fort que l’orage
aussi doux qu’un amour
et l’océan m’appelle
d’une voix de velours
et dessine en mon corps
le mouvant…
le mouvant de la vague

je voudrais voir la mer
et danser avec elle
pour défier la mort…

je voudrais voir la mer
se gonfler de soleil
devenir un bijou
aussi gros que la terre

je voudrais voir la mer


Oh! Petits enfants…

oh ! petits enfants…
faites un effort
c’est votre papa qui s’endort
arrêtez de courir
non ça ne me fait plus rire
ne me faites pas mourir
de ma belle mort !

demain je dois travailler
j’ai votre vie à gagner
oh ! petits enfants…
fermez vos petits yeux
serrez vos petits poings
jusqu’à demain
dormez !

oh ! petits enfants…
soyez gentils
pour votre papa qui vieillit
il est sorti hier soir
il est rentré trop tard
il ne veut que revoir
son grand lit !

il vous aime croyez-moi,
(surtout)
quand vous êtes en pyjama
demain soir c’est promis,
nous jouerons jusqu’à minuit
je ferai le train le cheval
et le chien !

oh ! petits enfants…
faites un effort
c’est votre papa qui s’endort !